



















































































































L’histoire des crèches en Provence
En Provence, Noël se raconte d’abord autour de la crèche. Apparue au XVIIᵉ siècle, la crèche provençale met en scène tout un petit peuple de village : bergers, meunier, poissonnière, rémouleur, lavandière… Ces figurines en argile, les fameux santons (du mot provençal santoun, « petits saints »), représentent les métiers et la vie quotidienne d’autrefois.
La tradition de la crèche plonge toutefois ses racines bien plus loin. On attribue à saint François d’Assise la première « crèche vivante » : en 1223, à Greccio en Italie, il met en scène la Nativité avec des habitants de son village avant la messe de Noël. Peu à peu, ces crèches vivantes sont remplacées par des crèches de figurines, et l’art des santons se développe en Italie puis en Provence.
Sous la Révolution française, la fermeture des églises et l’interdiction des messes de minuit poussent les familles provençales à installer la crèche chez elles. Les santons sont alors modelés en cire, en carton, en argile, parfois même en mie de pain, et la Nativité devient un véritable petit théâtre domestique.
Aujourd’hui encore, la crèche se monte traditionnellement à la Sainte-Barbe, début décembre, et se défait après la Chandeleur. On y dépose le blé de la Sainte-Barbe, symbole de renouveau, et l’on veille à ce qu’elle domine la pièce : jamais en contrebas, et surtout, on ne tourne pas autour – cela porterait malheur, dit la tradition.
Au cœur de la crèche, l’Enfant Jésus est entouré de Marie, Joseph, du bœuf et de l’âne qui le réchauffent, des bergers et de l’ange annonciateur. À l’Épiphanie, les Rois mages rejoignent la scène avec leurs présents – or, encens et myrrhe – qui symbolisent la royauté, la divinité et la dimension humaine du Christ.
Lucéram, le village aux 450 crèches
Perché dans l’arrière-pays niçois, Lucéram est devenu au fil des années l’un des hauts lieux de cette tradition. Chaque hiver, le village médiéval se transforme en véritable « village de crèches » : près de 450 crèches, de toutes tailles et réalisées par les habitants, jalonnent les ruelles, les escaliers, les placettes, les fontaines et les fenêtres.
Ce Chemin des Crèches – ou Circuit des Crèches – propose une balade à pied dans le centre historique : on y découvre aussi bien des crèches provençales traditionnelles que des créations plus inattendues, réalisées avec des matériaux variés. Lucéram y célèbre à la fois la foi, la mémoire des anciens métiers, mais aussi la créativité et l’humour de ses habitants.
Christiane Ricort, à l’origine du Chemin des Crèches
À Lucéram, cette aventure humaine porte un visage : celui de Christiane Ricort. Présidente de la Maison de Pays, elle présente depuis de nombreuses années une crèche provençale dans la chapelle Saint-Pierre, ouvrant la voie à une véritable tradition villageoise autour de Noël.
À la fin des années 1990, Christiane Ricort imagine, avec plusieurs associations et les habitants de la commune, un parcours de crèches dans tout le village. Pour Noël 1998, Lucéram lance ainsi son premier circuit : les habitants décorent leurs maisons, installent leurs crèches aux fenêtres, dans les porches, sur les murets, et invitent les visiteurs à déambuler de scène en scène. Ce chemin des crèches, initié par Christiane Ricort, est rapidement devenu une tradition forte de Lucéram, reconnue bien au-delà de la vallée des Paillons.
Au fil du temps, le Chemin des Crèches s’est enrichi, structuré et professionnalisé, tout en restant profondément populaire : ce sont toujours les Lucéramois et les Lucéramoises qui imaginent, fabriquent et installent leurs crèches. Par son engagement, ses idées et son amour du patrimoine local, Christiane Ricort a largement contribué à faire de Lucéram le village aux crèches, un rendez-vous de Noël incontournable pour les familles et les amoureux des traditions provençales.
