Notre Patrimoine Revisité

Situé dans l’arrière-pays niçois à 370 mètres d’altitude, L’Escarène est un petit village médiéval au passé riche. Il occupe une position stratégique entre le port de Nice et la capitale de Turin des États de Svoie, et il a joué un rôle majeur dans l’histoire des échanges commerciaux et culturels entre la côte méditerranéenne et les Alpes.

Le nom du village pourrait provenir du latin scala qui signifie échelle, ou du patois escarra qui signifie éboulis de rochers, et lié à la topographie accidentée de la région. Son développement a été intimement lié à la Route du Sel, qui était un axe de circulation primordial reliant Nice aux vallées alpines et facilitant le commerce de ce produit essentiel. C’était une étape entre les deux principales villes de la « Countea » Nice et Sospel. Aujourd’hui encore, sa devise « Sta Viator » (arrête-toi, voyageur) évoque son rôle d’étape incontournable et d’accueil des voyageurs. Trente mille mulets transitaient dans le village pour acheminer le sel en Italie et rapportaient ensuite du blé du vin et des peaux.

Le village devint ainsi une importante ville d’étape avec des écuries pour fournir chevaux et mulets aux voyageurs.

Dès 1046, L’Escarène est mentionnée dans des documents médiévaux, bien que son habitat ne semble pas encore fortifié en 1074. C’est seulement au XIIIe siècle qu’un château y est construit. Il ne subsiste que brièvement avant d’être détruit en 1252. Après cette destruction, l’habitat est reconstitué et le village s’organise progressivement autour du Paillon de L’Escarène, un confluent du torrent qui traverse la localité.

Entre 1792 et 1814, la région est annexée par la France, puis elle retourne sous la domination du Royaume de Piémont-Sardaigne avant d’être définitivement rattachée à la France en 1860. En 1928, l’inauguration de la voie ferrée Nice-Cunéo marque un tournant dans son développement, facilitant son accessibilité et son essor économique.

L’Escarène est un véritable musée à ciel ouvert, conservant de nombreux témoignages de son histoire séculaire. Ses rues pavées et ses monuments en font un lieu incontournable pour les amateurs de patrimoine et d’architecture.

De ce riche passé, il reste aujourd’hui un patrimoine exceptionnel.

Vous pourrez y découvrir le viaduc ferroviaire, construit en 1928 et qui surplombe le village avec ses 11 arches et 40 mètres de hauteur. Il accueille encore aujourd’hui le Train des Merveilles, reliant Nice à Cunéo en Italie et offrant un panorama exceptionnel sur la vallée du Paillon.

Le Pont Vieux, érigé au XVe siècle, permet de franchir le Paillon et fut un élément essentiel du développement du village. Détruit durant la Seconde Guerre mondiale, il a été reconstruit à l’identique en 1961.

Autrefois, L’Escarène comptait sept moulins. Trois d’entre eux ont été restaurés et témoignent de cette activité traditionnelle. Le Moulin-Musée et le moulin à huile communal sont aujourd’hui ouverts à la visite sur demande.

Le musée du Cougourdon. Installé dans un ancien moulin, ce musée unique en son genre expose des œuvres réalisées à partir de courges séchées sculptées.

Vous pourrez également découvrir les deux chapelles des pénitents de part et d’autre de l’Église. Celle des Pénitents Blancs construite au XVIIe siècle, est l’un des plus beaux exemples d’architecture baroque religieuse de la région. Elle était le lieu de réunion des Pénitents Blancs, qui se consacraient aux œuvres de charité à la prière et à l’aide aux pauvres et aux malades.

L’élément le plus remarquable de cette chapelle est son plafond en trompe-l’œil, qui donne l’illusion d’une ouverture céleste vers un ciel infini. Cette technique, très utilisée dans l’art baroque, crée une impression d’élévation et de spiritualité.

Les murs sont ornés de tableaux et fresques illustrant la Sainte Croix, représentant notamment la Crucifixion, le Portement de Croix et la Résurrection. L’autel est surmonté d’un retable sculpté, mettant en avant la Sainte Croix, symbole du sacrifice du Christ et de la rédemption. La chapelle a fait l’objet d’une importante restauration en 2009.

La Chapelle Notre-Dame-du-Rosaire des Pénitents Noirs, dédiée à la Vierge Marie, est située gauche de l’église Saint-Pierre-ès-Liens. Construite à la même époque que celle des Pénitents Blancs, elle était le siège des Pénitents Noirs, confrérie spécialisée dans l’accompagnement des mourants et l’organisation des funérailles.

Cette chapelle se distingue par son ambiance plus sobre et recueillie, reflétant la mission de ses membres, qui assistaient les défunts et leurs familles dans le deuil. L’autel est dédié à Notre-Dame du Rosaire.

Les murs conservent des éléments décoratifs baroques, bien que plus discrets que dans la chapelle des Pénitents Blancs.

Après une période de désaffection, la chapelle a été restaurée en 2013 et réhabilitée en salle d’exposition. Aujourd’hui, elle accueille régulièrement des événements culturels, des expositions d’art et des conférences sur l’histoire locale.

L’Église Saint-Pierre-es-Liens qui trône au milieu du village est un véritable chef-d’œuvre et elle fait partie des plus beaux monuments d’art baroque des Alpes-Maritimes. Elle est dédiée à saint Pierre, apôtre de Jésus-Christ.

Le vocable « Saint-Pierre-ès-Liens » fait référence à un épisode marquant de la vie de l’apôtre Saint Pierre, relaté dans le Livre des Actes des Apôtres.

Selon la tradition chrétienne, Saint Pierre fut emprisonné à Jérusalem sur ordre du roi Hérode Agrippa Ier, qui cherchait à persécuter les premiers chrétiens. Il était enchaîné dans une cellule, sous la surveillance étroite de gardes romains. Mais, durant la nuit, un ange du Seigneur apparut dans sa prison, toucha ses chaînes qui se détachèrent aussitôt, et lui dit :

« Lève-toi vite ! Mets ta ceinture et tes sandales, prends ton manteau et suis-moi. »

Sous la guidance de l’ange, Pierre traversa les portes de la prison, qui s’ouvrirent miraculeusement devant lui. Une fois sorti, il comprit que ce n’était pas un songe, mais bien une libération divine.

Un symbole de délivrance et de foi

Le titre « ès-Liens », signifiant « dans les liens » ou « des chaînes », rappelle cet épisode où Saint Pierre fut libéré de ses chaînes par l’intervention divine. Ce miracle a inspiré de nombreuses églises portant ce nom, notamment en France et en Italie, en hommage à la protection de Dieu sur les croyants et la puissance de la prière.

Une tradition associée à ce culte est la fête du 1ᵉʳ août, qui célèbre cet événement sous le nom de « Saint-Pierre-es-Liens », avec des processions et des bénédictions des chaînes en souvenir du miracle.

Ainsi, à travers ce nom, l’église Saint-Pierre-ès-Liens de L’Escarène s’inscrit dans un héritage spirituel ancien, rappelant la force de la foi face à l’adversité et la symbolique de la libération des âmes.

Mentionnée dès 1037, elle subit des dommages au XVe siècle en raison d’un tremblement de terre et d’un incendie. L’église connaît une reconstruction majeure entre 1627 et 1656. C’est la communauté de l’Escarène qui assure la direction des travaux. Construite en pierre de taille, elle se distingue par une façade en trois parties symbolisant la Sainte Trinité.

La façade a été achevée entre 1850 et 1855 par le décorateur Parini, elle présente une travée centrale avancée, ornée d’une niche abritant une statue de saint Pierre, et de deux travées latérales plus sobres, agrémentées de niches contenant des statues de saints protecteurs. Un fronton triangulaire surmonté d’une croix accentue la verticalité de l’édifice.

L’église dévoile une somptueuse architecture baroque caractérisée par une nef unique menant à un chœur orné d’un arc triomphal, dont les gypseries sculptées imitent un rideau de scène. Vous pourrez admirer des fresques et stucs réalisés en 1654 illustrant des anges et des motifs floraux.

Les chapelles latérales richement décorées, renfermant des tableaux du XVIIIe siècle, dont une Adoration des Mages et une Déposition de Croix, œuvres d’influence italienne.

Un ancien autel gallo-romain, transformé en bénitier, atteste d’une occupation religieuse du site depuis l’Antiquité.

En 2020, l’église Saint-Pierre-ès-Liens de L’Escarène a accueilli trois nouvelles cloches pour remplacer les anciennes, qui avaient été retirées en raison de leur vétusté et de problèmes structurels.

Les anciennes cloches, dont certaines dataient du XIXe siècle, présentaient des fissures et un état général qui ne permettait plus leur bon usage. De plus, les supports et la structure du clocher de l’église nécessitaient une rénovation pour garantir la sécurité et la pérennité de l’installation campanaire. C’est dans ce cadre que la commune et la paroisse ont décidé de faire fondre sur place trois nouvelles cloches, tout en respectant la tradition et en leur attribuant des noms chargés de sens :

  • Marie, un nom classique pour une cloche d’église, en hommage à la Vierge Marie.
  • Marianne, qui évoque la République et l’histoire de la France.
  • La Pastourella, un clin d’œil aux traditions locales et à l’histoire du village.

L’église Saint-Pierre-es-Liens ne se distingue pas seulement par son architecture baroque et ses fresques remarquables, mais aussi par un instrument exceptionnel : son orgue historique. Véritable joyau du patrimoine musical, et construit en 1791 par les frères Grinda, célèbres facteurs d’orgues de la région, cet instrument est classé Monument Historique en raison de sa rareté et de son état de conservation exceptionnel. Son buffet, peint dans une teinte verte distinctive, rend hommage au duché de Savoie, auquel L’Escarène était autrefois rattachée.

Ce qui rend cet orgue unique, c’est son adéquation parfaite avec l’acoustique de l’église. Conçu spécifiquement pour ce lieu, il diffuse une sonorité puissante et enveloppante, sublimant les chants liturgiques et les concerts qui s’y déroulent. Grâce à un travail minutieux d’entretien et de restauration, il a traversé plus de deux siècles d’histoire, survivant aux guerres, aux aléas climatiques et à l’usure du temps. Aujourd’hui encore, il demeure l’un des rares instruments d’époque encore en parfait état de fonctionnement dans toute la région.

Chaque année, les « Rendez-vous de l’Orgue Vivant de L’Escarène » attirent des musiciens de renom venus de toute l’Europe pour célébrer cet instrument d’exception. Ces concerts, où résonnent des œuvres baroques, classiques et contemporaines, participent à la mise en valeur et à la transmission de cet héritage musical. L’orgue de L’Escarène n’est pas seulement un témoin du passé : il continue d’être un acteur central de la vie culturelle et spirituelle du village, perpétuant une tradition musicale qui traverse les âges.

Tous mes remerciements vont à la Mairie de l’Escarène et à Jean-Paul Fumaroli qui m’a accompagné et guidé dans la découverte du village et de ses trésors.

A très bientôt.